Ailëene Cormlaith

Reine blanche de Guynw'ecz

Description:

On pourrait croire qu’Ailëene est albinos si ce n’était pour ses yeux bruns. Cette pâleur est d’autant plus surprenante qu’Ailëene est née au Pikarayd, où la population a tendance à avoir une complexion de peau grisâtre.

Il se dégage d’Ailëene une noblesse et une sérénité profonde, sans doute aidée par le mutisme dans lequel elle est plongée depuis des années.

Toujours accompagnée d’oiseaux, auxquels elle semble avoir la faculté de parler, Ailëene se fait par ailleurs discrète et observatrice.

Bio:

La pâleur de la fille de Bromwald Cormwaith lui avait toujours valu un traitement particulier. Qu’elle soit la fille du fier seigneur de Guynw’ecz, une bourgade fortifiée à flanc de falaise donnant sur la Mer Orientale n’aidait certainement pas. Comme de nombreux clans guerroyants Pikarin, celui de Bromwald révérait le chaos et la trinité des Épées. Xiombarg, l’ultime matriarche du clan, était également leur déesse favorite et la protectrice de leurs traditions. Ainsi, la naissance d’une fille blanche comme la Loi augurait, pour beaucoup, d’une mauvaise fortune et de la colère de Xiombarg.

Bromwald chercha longtemps la raison de cette malédiction, et dans les jeunes années d’Aïleene, il multiplia les conquêtes et les sacrifices en l’honneur de la Mère de Toutes les Guerres. La petite fille demeurait emmurée dans le donjon de la forteresse, et sa pâleur devînt légende, à tel point que l’on s’interrogea sur sa véritable existence. Parmi les conseillers du Roi de Guynw’ecz, on se demandait pourquoi la jeune femme avait été laissée en vie. Mais tout seigneur de guerre qu’il était, Bromwald aimait la femme qui lui avait fait cette enfant, et il n’avait que faire de ce qu’il imaginait être des superstitions à l’égard de sa fille. Qui plus est, la naissance d’Ailëene coïncidait avec une série inégalée de victoires : comment, dès lors, donner du crédit à une telle idée ?

Ailëene grandit seule dans une tour sombre et froide, battue par la pluie et par les vents de la mer. Elle se perd dans des lectures de légendes et rêve de pays lointains. Elle dessine, beaucoup, et s’invente des histoires où les personnages sont ses amis, et à travers eux, elle se sent vivre. A l’adolescence, elle se mettait à peindre et à chanter, à parler aux oiseaux qui occupaient les combles sous les toits. Ailëene ne manquait de rien pour vivre, mais elle ne vivait pas.

Pour sa quinzième année, elle apparu en public lors d’un festin donné par son père. L’année suivante, elle sculptait des effigies torturées de Xiombarg que l’on vit progressivement orner toutes les places du bourg. Son travail était remarqué, bien que nul n’en su l’origine.

Puis les défaites se succédèrent, les terres du clan régressèrent et de nombreux guerriers perdirent la vie. Pendant presque cinq ans, la clan vécut la pire période de son histoire, et le mécontentement grondait contre Bromwald et sa fille maudite. Le jour du décès de son fils, Bromwald sombra dans la démence.

A minuit le même soir, on arrachait Ailëene à sa couche, on la trainait dans la boue jusqu’à l’autel des sacrifices. Nue, elle apparaissait comme le seul rayon de lumière de cette nuit noire, au milieu d’une assemblée hargneuse. Révélée pour qui elle était, une envoyée de la Loi, une malédiction, un affront à Xiombarg, la foule hurlait à sa mort. Des chants, des incantations, et elle poings et pieds liés, son bourreau lui tirant les cheveux pour dévoiler sa gorge blanche : elle serait égorgée, et les guerriers du clan se baigneraient dans son sang, tandis que son cadavre serait jeté à l’océan. Ainsi en avait décidé Bromwald, le Roi de Guynw’ecz.

Tétanisée par les évènements, Ailëene cherchait une paix rapide, la merci de son père, mais de tout ça elle n’obtînt rien. Elle se plongea au fond de son esprit, fuyant une réalité traumatique et l’horreur de son présent. Le kriss sacrificiel était désormais entre les mains du prêtre. Les larmes coulaient sur les joues d’albâtre de celle qui aurait dû être un jour Reine de Guynw’ecz.

Était-ce la pluie qui causait cela ? Ailëene ne savait pas, mais une chose était sûre : la statue de Xiombarg qui la regardait pleurait aussi. Et dans l’écoulement de ces larmes cristallines se dessinait un symbole, un symbole puissant qu’Ailëene avait vu en rêve autrefois. “Aïlé”, dit-elle. “Aïlé !”. C’était le nom de l’air, que lui avait chuchoté une colombe une nuit.

Le prêtre ouvrit la bouche, mais c’est la voix pure et rassurante d’une femme qu’Ailëene entendit : “Ton sacrifice ne sera pas vain, c’est grâce à toi que nous nous imposerons.”

Alors que le kriss se plantait dans sa chair, elle hurla une dernière fois, de toutes ses forces : “AÏLÉ !!”. Le kriss se brisa, et une bourrasque plongea toute l’audience à terre. Une tempête d’une puissance inouïe se dessinait à l’horizon, et déjà les premiers toits de Guynw’ecz s’envolaient. Ailëene luisait, et hurlait comme une banshee, alors que des oiseaux par milliers s’en prenaient aux habitants de la ville.

Il ne reste aujourd’hui que la forteresse et des vestiges de murs, les corps ayant été emportés par les vents. Le clan des Cormwaith n’existe plus, à l’exception d’Ailëene, la Reine de Guynw’ecz. La Reine Blanche n’a plus jamais parlé depuis cette nuit là.

La jeune femme fut retrouvée sur le seuil d’un Temple de Théryl à Menii, dans les Cités Pourpres, entourée d’après les récits par de blanches colombes. Son talent pour les arts fut immédiatement remarqué mais elle ne resta que quelques années dans cette vie monacale.

Elle devînt par la suite la Grande Oiselière de la famille Veneti, des Princes-Marchands ayant fait fortune dans le commerce d’espèces animales rares et exotiques.

Faisant la rencontre de Leoraa, elle rallia sa cause : celle de propager l’enseignement de la Loi et d’en être les protecteurs.

Ailëene Cormlaith

Mournblade Shmngg Shmngg