Du contrat rôlistique ou Principes du jeu en commun

Ici, on expose ce que ça veut dire de jouer à Mournblade ensemble du point de vue des personnages dans le setting mais également du point de vue des joueurs à la fois entre eux et dans leur relation avec le souverain pontife Maître du Jeu et du Donjon. Cette article est une réécriture de l’ancien Article 63 du Guide du Personnage-Joueur, actualisée à la vue de la réalisation de la première phase du jeu et des intentions pour la deuxième.

Tout comme l’ancien A.63, il s’agit de déterminer les conditions de notre association dans l’aventure qu’est Mournblade pour que chacun s’y retrouve épanoui. Cette association est vue uniquement du point de vue de la participation au jeu.

  • Pourquoi est-ce qu’on se pose cette question ?

Pour reprendre le préambule de l’A.63 :

Le contexte du jeu, ses questions et son cadre, me tiennent particulièrement à cœur. Ce n’est pas le meilleur univers de fantasy, mais c’est celui que j’affectionne le plus pour des raisons historiques sans doute. Si je disais que je prépare cette campagne depuis ma première séance de Mage, ça ne serait pas entièrement faux, les Jeunes Royaumes, et la saga d’Elric dont le contexte est tiré, ont toujours été ma plus grande source d’inspiration. Aussi, pas question pour moi de vivre à moitié ce qui est presque un rêve d’adolescent.

Mais alors, qu’est-ce que ça veut dire “vivre à moitié” ?

A l’époque, je disais :

Je crois intimement que ce groupe de JDR a un potentiel énorme, mais qu’on s’est enfermé dans des routines PJ/MJ qui font qu’au final on se dégrade, et j’ai l’intention sincère de faire de Mournblade un grand moment de JDR [que l’on traduit depuis par “Make RPG Great Again” en 2017, ndlr]. Seulement pour ça, pour moi, c’est impossible à faire en partant de la base actuelle.

Après un peu plus de deux ans derrière le gouvernail, mon constat serait aujourd’hui différent : Je crois qu’on a réussi à faire de Mournblade un des grands jeux de rôles. Est-ce qu’on peut en être fier ? Oui. Est-ce que j’en suis entièrement satisfait ? La réponse est simple : non. Non pas parce que les séances me déplaisent où que le groupe prend une tournure ou une autre dans ses choix, mais parce qu’on a pas répondu à la crainte fondamentale du début de Mournblade, à savoir l’implication des joueurs.

Dans l’A.63, on lisait :

Je compte beaucoup m’investir dans cette campagne, et je n’en demanderai pas moins de vous. Si vous acceptez d’être PJ, ça veut dire être là pendant les séances, mais ça veut aussi dire être disponible (pas tout le temps bien sûr…) entre les séances pour des mises au point par messagerie instantanée, des petits morceaux de RP, la production d’écrits, d’images, de conneries. Bref, ça implique d’être vraiment impliqué dans le JDR et ses développements, et certainement pas que pendant les séances.

C’est là qu’on a eu une division entre les joueurs. La grosse moitié s’est impliquée (à la hauteur de son temps) au point de bien connaître les ressorts et acteurs des intrigues, les jeunes royaumes, les enjeux du jeu, les personnages, les choix à venir. Cette moitié là vit les Jeunes Royaumes de la manière qui était espérée lors du lancement de Mournblade. L’autre moitié s’est moins, ou pas, impliquée dans le monde en dehors des séances et graduellement un écart s’est créé entre essentiellement deux façons de penser Mournblade : l’une dans laquelle Mournblade prend de la place et du temps de réflexion dans la vie et l’autre où Mournblade n’est qu’un accessoire ludique parmi d’autres ou une raison de se rencontrer dont le fond n’a pas vraiment d’importance.

Le problème, c’est que de mon côté ça cause énormément de frustration, et ça en pose également pour les joueurs qui s’impliquent et qui, à force se démotivent. Si bien qu’on arrive à une situation inconfortable dans laquelle Mournblade est bloqué au stade d’expérience de JDR “presque extraordinaire”. C’est pour ça qu’on se pose cette question.

  • Les conditions d’une participation saine à une expérience riche

Je n’ai aucun problème à ce que tout le monde n’ait pas la disponibilité temporelle, émotionnelle et/ou mémorielle suffisante pour pouvoir embrasser pleinement ce que Mournblade se propose d’être. Pour autant, (cf plus haut), je m’interdis de vivre Mournblade à demi-intensité.

Repartons de la base de l’A.63 :

Je préfère est totalement honnête avec vous et vous avec moi. Si vous voulez jouer à Mournblade, vous devez accepter d’être capable de donner de vous même et être capable d’accepter les postulats de base de l’univers les bras ouverts. Si tout ça paraît trop demandé, et je dis ça sans méchanceté : passez votre chemin, Mournblade n’est pas une activité obligatoire et précisément, je ne veux surtout pas que vous soyez là parce que “c’est mieux que rien et y a rien d’autre”. Ça, c’est pas possible, ça m’intéresse pas et au fond ça vous intéresse pas non plus.

Puisqu’on a établi que les conditions de “donner de soi-même” avaient été remplies par certains joueurs, essayons de les quantifier plus précisément.

Un participation satisfaisante à Mournblade consiste à :

  1. Lire régulièrement le portal (c’est à dire une fois par jour pour vérifier si des updates se sont ajoutées – et non, un email n’est pas envoyé à chaque fois et ça ne peut pas servir d’équivalent)
  2. Participer activement aux réflexions par écrit entre les séances (par mail ou forum ou autre)
  3. Arriver aux séances à l’heure et en s’étant remémoré les enjeux de ce qui est en train de se passer
  4. S’intéresser, en séance, à ce qui se passe au niveau de l’intrigue, des personnages (PJs et PNs) mais surtout des impacts de ces déroulements sur son personnage et les jouer
  5. Avoir des avis, les vocaliser, les réfléchir

Mais alors, tout ça, dans le but d’éviter quels comportements ? Ceux que l’on peut qualifier de “balek léger”, c’est à dire ceux dans lesquels un joueur va, à travers son personnage, prendre une décision de manière désinvolte à l’égard du monde, des protagonistes impliqués et, pire, parfois de son propre personnage. Mournblade est un jeu de rôles, pas un jeu de joueurs, ce n’est pas “vous ailleurs” qui m’intéresse mais “pas vous ailleurs”. Mournblade ne peut pas être traité avec détachement sans quoi la structure du jeu devient le seul sujet de débat puisque le fond n’a plus alors aucun intérêt. Finalement, je veux éliminer les comportements IG qui détruisent l’immersion (attention, je ne parle pas des comportements HRP, ça c’est encore un autre et insoluble problème).

En fait, je veux que quand je post une update sur le portal, je n’ai pas à craindre qu’elle ne sera pas lue. Que quand un joueur fait l’effort de proposer une réflexion ou un débat sur un sujet ou un autre, il ne se retrouve pas seul à avoir passé 3h à écrire un post que personne ne lira. Je veux que la “réaction” soit dans notre ADN de joueurs/MJ. Et puis, si vous parcourez le portal, vous verrez qu’il est immense (150+ pages sur word) : on a des centaines d’articles, plus de 100 PNJs, plus de 100 pages de scénarios cumulées et probablement plus d’un millier d’heures que j’ai dépensé pour construire tout ça. Je peux entendre que consacrer 10 minutes par jour (et parfois 1h quand il faut s’agiter un peu avant une séance !) à Mournblade soit au-dessus de vos capacités, mais dans ce cas, c’est peut être la participation à Mournblade qui est à reconsidérer.

Une demi-présence, juste à peine acceptable, n’est tout simplement pas ce que je souhaite pour Mournblade, et ça ne sera donc pas accepté pour Mournblade.

Du contrat rôlistique ou Principes du jeu en commun

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