Ketna

Ketna

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La Cité des Hommes Libres

Formée en -150 JR de quelques cabanes et masures, Ketna était un simple village de pêcheurs et de mytiliculteurs oublié par les Melnibonéens et leurs esclaves les plus fervents. L’île sur laquelle s’était bâtie cette petite communauté n’était en effet pas bien accueillante : battue par les courants et entourée de falaises et de hauts-fonds, et dotée de bien peu de ressources naturelles, peu de navires prenaient la peine de s’y arrêter. Ketna se trouve cependant être bien placée sur l’ancienne route maritime qui reliait les Sœurs Noires, siège mourant du pouvoir dans l’archipel, et Bakshaan qui était déjà du temps de l’empire un important port marchand. Cet avantage géographique attira rapidement l’attention des équipages pirates qui prenaient leurs aises lors de l’agonie impériale et le petit village se transforma en bastion des pillards des mers.

La ville qui naquit jonglait habilement entre une façade légitime respectant toutes les lois qu’on lui imposait et un fonctionnement bien plus libre pour les hommes qui y résidaient régie par un code tacite qui contrevenait de fait à la structure de société imposée par les Melnibonéens. Lorsque la guerre d’indépendance éclata, les équipages de Ketna prirent les armes sans hésiter pour libérer les deux cités originelles de l’archipel : Aliisyos et Ephoran. Comme partout ailleurs dans les Terres du Nord, la guerre civile qui éclata dans l’archipel fût particulièrement meurtrière également dans les cités insulaires. Ketna, unie derrière une pensée libertaire plus ancienne et structurée, souffrit bien moins des affres du conflit. La cité, malgré sa plus petite taille, jouit à la sortie de la guerre d’une position de force qui lui permis de faire l’acquisition de talents dans la région, particulièrement en matière de charpenterie navale : l’arsenal de Ketna tel qu’on le connaît aujourd’hui voyait le jour.

Près de trois-cent ans après ces événements, Ketna célèbre toujours son origine particulière et une certaine forme de liberté. Souvent accusée de complaisance avec les pirates qui sévissent au nord de la cité, sur la route entre l’archipel et Bakshaan, Ketna a toujours fait la sourde oreille à ces insinuations.

Sur le Pourtour de la Baie des Pirates

La cité entoure désormais l’intégralité de la Baie des Pirates, et ce jusqu’aux falaises qui la protègent du reste de l’archipel.

Le reste de l’île est occupé par des jungles, des élevages et des champs de canne à sucre et de coton, ainsi que par quelques villages secondaires regroupant jusqu’à une vingtaine d’habitations.

Le Marché Flottant

Particularité remarquable de la cité, le marché flottant est formé de dizaines de pontons plus ou moins couverts et/ou surmontés de cabanes de bois sombre auquel viennent s’amarrer chaque jour jusqu’à des centaines de barques et de petites embarcations pour former un gigantesque dédale sur la baie aux eaux grises. Le marché, dont la construction et l’assemblage n’ont jamais été réglementés, est parcouru par une milice soucieuse d’y récolter les taxes dues à la cité et d’éviter tout débordement d’envergure.

Le pouvoir de la cité se soucie bien peu de la provenance des marchandises qui s’échangent et, au milieu des moules, des tentures et des éponges, on trouve sans peine des marchandises de contrebande qui ne sont pas parvenues jusqu’à Bakshaan et d’autres dont la provenance est plus douteuse encore, comme des marchandises qui n’ont vraisemblablement pas réussi à échapper aux mains avides des pirates qui sévissent dans la région. On n’y trouve, toutefois, aucune telle marchandise qui provienne de Ketna, car les navires de la cité sont rarement la cible du pavillon noir.

La Capitainerie et l’Amirauté

Bastion pirate pendant plus d’un siècle et demi, et première cité de l’Archipel des Cendres à prendre les armes contre l’oppresseur Melnibonéen, Ketna est aujourd’hui encore marquée par les vestiges de cette époque. Le plus célèbre est d’ordre politique : Ketna ne reconnaît pas la noblesse de naissance.

Le pouvoir politique et judiciaire est détenu par deux organes distincts : la Capitainerie et l’Amirauté.

La Capitainerie est un grand conseil formé de capitaines de navires de la cité. Ce conseil a trait aux questions économiques, monétaires, et définit les lois qui régissent les rapports entre hommes libres, capitaines et équipages. Chaque capitaine dispose d’une seule voix, quelle que soit la taille de son navire, pour peu que celui-ci soit homologué par l’arsenal de Ketna. Aujourd’hui, ce sont plus de trois cent capitaines qui se partagent ce pouvoir, ce qui a pour conséquence un relatif immobilisme car deux tiers des voix sont nécessaires pour qu’une mention soit adoptée. Dans les faits, Ketna est régie par bien peu de lois et celles-ci peuvent se résumer de la manière suivante : “toute destruction d’un bien d’autrui donne lieu à une juste réparation”. Le meurtre y est considéré comme acceptable s’il a lieu dans un contexte de légitime défense ou de légitime fureur (lorsqu’un époux trouve son conjoint avec un amant par exemple). Toutefois, couler un navire de la Capitainerie est passible d’exil, quel que soit le motif. Un jury formé de cinq capitaines, tirés au hasard, agit comme tribunal un jour chaque semaine.

Pour des raisons d’efficacité d’action, la Capitainerie nomme, pour certaines affaires ou pour certains domaines d’activité, des Officiers chargés d’exécuter la volonté de l’assemblée. On nomme officier-régulier un officier en charge d’une affaire ou d’un domaine d’activité habituel de Ketna et officier-mandataire un officier en charge d’une affaire extraordinaire, comme une enquête par exemple. Ces officiers bénéficient d’une importante liberté d’action, mais doivent rendre des compte à la Capitainerie si celle-ci en fait la demande. Pour être nommé officier, il suffit d’une majorité de moitié tandis que le retrait d’un mandat requiert une majorité des deux-tiers. Le plus ancien officier encore en action, Jelan le borgne, œuvre en tant qu’administrateur des quais et du marché flottant.

Lorsqu’un capitaine n’est plus en mesure de commander son équipage, principalement pour des raisons d’âge, il peut requérir une vote sur une “motion de reconnaissance” qui, si elle est acceptée, fait entrer le capitaine dans l’Amirauté. Il n’a alors plus le droit de commander un équipage, et doit léguer son navire à son second. Inversement, pour entrer dans la Capitainerie, un prétendant doit prouver qu’il est le capitaine de son navire, obtenir le soutien de dix capitaines déjà en place et jurer fidélité à la protection de Ketna. Le parjure sur cette dernière promesse est puni de mort.

L’Amirauté a deux attributions principales. La première est la gestion de l’arsenal de Ketna, l’un des plus actifs de la région. La question pourrait paraître triviale, mais la détermination du nombre de bâtiments assemblés à destination des habitants de Ketna est un problème politique complexe, la Capitainerie ne poussant pas toujours à un accroissement de ce nombre, au profit d’équipage étrangers mercenaires ne revendiquant aucun pouvoir politique dans la cité.

La deuxième attribution est celle du respect des traditions et de l’harmonieuse collaboration des capitaines. Toute loi votée par la Capitainerie peut être contestée devant l’Amirauté si au moins cinquante capitaine la trouvent en désaccord avec les traditions de Ketna. Dans ce cas, l’Amirauté a le pouvoir de confirmer ou d’annuler la loi votée. L’Amirauté agit comme tribunal lorsqu’un capitaine est accusé d’un méfait passible de punition, voire de mort lorsqu’une allégeance à une puissance étrangère lui est reconnue.

Les membres de l’Amirauté sont aujourd’hui au nombre de vingt.

Les Moules Grises

Curiosité culinaire, les moules grises sont une variété unique de l’archipel prisée par les locaux pour son goût prononcé et pour sa taille. Sa couleur, peu ragoutante toutefois, a poussé les habitants insulaires à concevoir une variété de plats colorés, mêlant volontiers les fruits aux couleurs si vives des îles aux fruits de mer. Ketna a fait sa spécialité d’une certain nombre de ces mélanges et les importantes récoltes des mytiliculteurs ont fait de la cité le siège officieux de cette branche de la gastronomie insulaire. Ces assemblages sont étonnants la première fois qu’on les goûte, mais leur réputation attire de nombreux équipages curieux de s’y risquer, ou d’y revenir…

Le Pavillon Rouge

Enfant sans père née pendant la guerre d’indépendance, Kayssa la Cruelle fait partie des figures légendaires de la cité. Ayant pris le titre de capitaine de l’Espadon sur les restes de son rival et de l’autre prétendant à la succession, la pirate s’est fait une réputation terrifiante auprès des équipages loyalistes à qui elle réserve un sort funeste systématique. Comme toutes les femmes pirates, Kayssa témoigne d’une force de caractère qui force le respect chez ses pairs. Il faut dire que la capitaine est un meneur né et un duelliste sur pont hors pair. Les récits des audacieux assauts de celle que l’on surnomme la Maîtresse de Straasha sont encore contés aux jeunes ketniens et font la fierté de la cité.

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Kayssa trouva la mort lors de la Déroute de Ketna, une célèbre bataille navale au cours de laquelle la flotte bariolée, qui ne portait pas encore ce nom, menée par une trentaine d’équipages pirates, prit d’assaut une frégate dorée melnibonéenne venue pacifier la région. A la tête de l’assaut, l’Espadon parvint à aborder la frégate et tînt le pont si longtemps qu’une dizaine d’autres navires purent verser leurs équipages à bord du navire d’or. Kayssa périt sous la lame du Prince-dragon Saïdharyn, mais l’assaut fût un triomphe et la frégate dorée dû quitte l’archipel sous peine d’être définitivement immobilisée. La légende dit que dix-huit dauphins emmenèrent le corps de la capitaine lorsque celui-ci fût mis à l’eau par les hommes libres de Ketna.

L’Espadon a été démonté depuis, mais son mât a été conservé et placé sur terre, au centre du quartier que l’on surnomme le Pavillon Rouge, en hommage à l’étendard de Kayssa. Ce quartier abrite la majorité des maisons de passes à esclaves, des fumoirs, des établissements de jeux de la cité mais également d’innombrables petits étals à moules grises. Les courtisanes libres sont regroupées au sein des Voiles Parfumées, une guilde en bonne et due forme, dont les attentions sont réservées aux officiers et qui n’oeuvre pas dans le Pavillon Rouge, lui préférant le quartier de l’Escarpe.

Lieux

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